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Comité Scientifique Français de la Désertification

French Scientific Committee on Desertification
Fiche thématique du CSFD
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Fiche thématique

Dynamiques démographiques et désertification : des liens complexes - Dégradation des terres en zones sèches, croissance démographique, urbanisation et migration

Paru en Mars 2026
Coordination éditorial et rédaction : Isabelle Amsallem, Agropolis International
Auteur(s) : Chauvin Emmanuel, Raimond Christine, Gastineau Bénédicte

En zones sèches, la croissance démographique, l’urbanisation et/ou les migrations sont-elles les causes ou les conséquences de la dégradation des terres ? L’analyse des liens entre désertification et démographie montre que ces phénomènes sont, le plus souvent, indépendants et que les liens entre eux, lorsqu’ils existent, sont complexes, indirects et varient selon les territoires, les activités économiques et les modes de vie des sociétés. L’analyse de ces liens doit ainsi être contextualisée afin d’éviter raccourcis et généralisations trop hâtives ; les interventions et politiques publiques doivent également être adaptées à chaque contexte afin d’éviter les solutions toutes faites.

Ni la mesure de la désertification ni la délimitation des zones sèches ne font consensus à l’échelle mondiale. Elles sont fortement dépendantes des méthodes utilisées pour les mesurer et les observer. Il est donc difficile de produire un chiffre de population, ou une densité de population, par zone climatique. En outre, les pays en zones sèches connaissent des situations démographiques diversifiées. Quantifier, comparer et relier désertification et dynamiques démographiques (croissance de la population, densité, mobilité, urbanisation) s’avèrent alors difficiles. Ce sont des processus multifactoriels aux temporalités différentes et dont les mesures ne se font pas à la même échelle spatiale ; en outre, les situations locales sont très diverses et les données manquent. Produire des méthodes, outils et données pour appréhender la désertification, les dynamiques démographiques et leurs interactions à différentes échelles spatiales et temporelles nécessite des équipes et des projets de recherche interdisciplinaires. L’analyse des liens entre dynamiques démographiques et désertification impose une approche holistique pour intégrer une diversité de facteurs, mais aussi pour considérer les processus à l’oeuvre à différentes échelles spatiales et temporelles.

Les liens entre croissance (ou déclin) démographique, densité, systèmes d’activités et désertification ne sont ni uniformes, ni systématiques. Par exemple, de fortes dégradations environnementales sont observées dans des zones sèches de faibles densités (ex. Arizona) alors que la productivité des terres reste stable dans d’autres très peuplées (ex. Asie centrale). Pour comprendre ces liens, il est alors nécessaire d’examiner l’ensemble d’une société, notamment au travers de la diversité des systèmes de production, des organisations sociales et de leur potentiel d’innovation lorsqu’elles subissent des contraintes environnementales, économiques ou politiques. Par exemple, les évolutions engendrées peuvent entraîner des dégradations des terres, notamment dans le cas de modèles agricoles et extractifs très intensifs ou induisant une déforestation massive. Ces dégradations sont souvent déconnectées des évolutions démographiques et s’expliquent par des changements dans les activités économiques – davantage d’activités tournées vers l’agrobusiness (destiné à l’exportation ou aux villes) ou un extractivisme à outrance – qui entraînent une surexploitation des ressources naturelles, eau et terres notamment.

De grandes villes se sont développées en zones sèches (Phoenix, Abu Dhabi…). L’urbanisation soulève des problèmes environnementaux : approvisionnement en eau et en énergie, gestion des déchets, pollutions, déforestation, températures élevées, etc. L’analyse des modes de vie dans ces villes montre aussi que de fortes inégalités peuvent apparaître entre les plus riches (qui ont accès à l’eau et à la climatisation) et les autres. La durabilité des villes arides, inégalitaires, même riches, est ainsi questionnée.

Une urbanisation mal gérée et rapide, en l’absence de politique d’aménagement, se traduit par un étalement urbain, souvent au détriment des sols agricoles et des écosystèmes périphériques (auréole de dégradation). En outre, l’évolution des modes de vie et de consommation des citadins contribue également à la dégradation des terres. En effet, les besoins croissants de la population urbaine (alimentation, énergie, construction) reposent sur des territoires productifs parfois lointains. Dans certaines situations, l’agriculture urbaine et périurbaine est une ressource importante mais menacée par l’étalement des villes, l’artificialisation ou l’épuisement des sols, la spéculation foncière et un accès à l’eau incertain. Ces produits proviennent également de flux à longue distance dont les impacts environnementaux dans les zones rurales productives lointaines restent difficiles à évaluer. Les dégradations, parfois géographiquement très éloignées, sont alors rarement associées au processus de désertification. Inversement, les villes sont des lieux d’innovation pour lutter contre les îlots de chaleur (par la végétalisation par exemple), les pollutions, etc.

Face à la désertification, les populations rurales adoptent diverses stratégies : mobilité des hommes ou du bétail, adaptation des systèmes de production agricoles à la rareté de l’eau ou des terres arables, etc. Lorsque les conditions deviennent trop difficiles, les populations peuvent migrer, mais le plus souvent de façon temporaire et à proximité. Le processus progressif de désertification d’un territoire n’entraîne pas systématiquement des migrations massives. En revanche, des changements résidentiels durables et plus lointains peuvent être induits par une crise brutale, comme une sécheresse.

La désertification agit surtout comme un facteur indirect et non-décisif, parmi d’autres, de migration en aggravant des contextes déjà fragiles. En effet, la migration résulte d’un processus décisionnel complexe, lié à une combinaison de multiples facteurs à des échelles spatiales interdépendantes : facteurs environnementaux, sociaux, politiques, démographiques, économiques, culturels, caractéristiques individuelles, etc. Plus que le climat, ce sont les niveaux de développement qui déterminent les dynamiques migratoires. Il n’existe donc pas de lien simple et direct entre mobilité des populations et contraintes environnementales, en raison des contextes propres à chaque situation ainsi qu’aux réponses variées des populations aux stress environnementaux.

Les politiques de peuplement, qui reposent sur des migrations forcées, modifient la répartition de la population sur un territoire. Dans certaines situations, elles sont à l’origine de dégradation des terres autour des sites de regroupement dont l’ampleur et les causes dépendent des contextes politiques et économiques ainsi que de la préparation de l’accueil des populations (logements, services, accès aux revenus).

Les exemples présentés dans le dossier thématique du CSFD n°15 illustrent la diversité des situations locales sur quatre continents.

En savoir plus sur le dossier thématique >>

Auteur(s) membre(s) du CSFD