| Pastoralisme en zone sèche |
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Le cas de l’Afrique subsaharienne
Dès les temps néolithiques, des peuples africains, comme d’autres dans le monde, se sont spécialisés dans l’élevage pastoral. Depuis, le climat a changé et ces peuples pasteurs se sont déplacés pour trouver des milieux propices à leur activité, en adaptant à chaque fois leur mode de vie et de production. Récemment, en plus de ces variations climatiques, les bouleversements politiques et socioéconomiques dus à l’extraordinaire accroissement de la population mondiale ont également touché les milieux pastoraux. Cependant, le pastoralisme continue de progresser dans certaines grandes régions du monde, notamment dans les régions sèches où il est particulièrement pertinent. En effet, les éleveurs de ces zones utilisent des techniques d’élevage adaptées aux ressources rares (notamment fourragères et en eau) et variables dans le temps et l’espace telles que :
Sécheresses récurrentes, changement climatique, politiques inadaptées, pauvreté due à des pertes de bétail ou à une production et accumulation insuffisantes, concurrence croissante entre éleveurs, agro-éleveurs, agriculteurs avec des cultures industrielles, sont autant de menaces. Le défi le plus ancien est sans doute celui de la densification agricole dans un contexte de forte croissance démographique sans augmentation des rendements des sols. Le besoin de nouvelles terres à cultiver s’exerce aux dépens des espaces pastoraux. De plus, la propriété foncière privée à vocation agricole apparait dans des zones pastorales habituellement régies par des droits d’usage collectifs sans reconnaissance légale de la valorisation pastorale. Le pastoralisme se trouve alors profondément modifié et doit adapter profondément ses circuits et son calendrier de déplacement.
Actuellement, les conditions d’exercice du pastoralisme sont de plus en plus difficiles et complexes. Son avenir dépend de la place que chaque pays lui accorde et des législations qui le concernent. Malgré ces menaces, le pastoralisme existe toujours car il a une grande capacité d’adaptation :
Le bétail interfère avec les dynamiques écologiques naturelles et marque les écosystèmes pâturés : ses prélèvements sur la végétation modifient les proportions ‘herbacées-ligneux’ et espèces ‘fourragères-non fourragères’. La dispersion des déjections favorise la répartition des nutriments du sol, pollue les eaux, disperse des semences mais aussi des agents pathogènes. L’impact carbone et les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas négligeables mais restent à évaluer plus précisément. La concurrence des animaux domestiques avec la faune sauvage et la dégradation de certains habitats jouent un rôle sur la biodiversité. De plus, certaines pratiques des pasteurs nuisent à l’environnement tel l’écimage des arbres qui compromet leur floraison et fructification. Mais dans de nombreux cas, les dégradations dues à l’élevage résultent de surexploitation localisée ou de mauvaise gestion des ressources dont on doit, pour y remédier, chercher les causes profondes : lieux d’abreuvement mal répartis, mobilité du bétail limitée par la spoliation d’espaces pastoraux essentiels, etc. Le pastoralisme offre aussi des services écologiques fondamentaux, bien que peu visibles, en contribuant à la durabilité des écosystèmes naturels et cultivés. Les parcours restent des milieux relativement naturels car ils se régénèrent spontanément et ils ont une biodiversité plus importante que celle des écosystèmes cultivés.
Lutter contre la désertification et protéger l’environnement dans les zones exploitées par les pasteurs revient à renforcer la viabilité pastorale en leur laissant le contrôle négocié de leurs ressources, en tirant parti de leurs savoirs techniques et en renforçant leurs connaissances. Tout ce qui favorise la mobilité du bétail permet de respecter le mécanisme naturel de régulation entre ressources et exploitation, et donc évite la dégradation des parcours. Contrevenir à la mobilité crée un risque de désertification des zones sèches à long terme, par exemple en maintenant artificiellement une forte charge animale permanente par des apports massifs d’aliments pour le bétail importés d’autres régions. Depuis longtemps, on a investi dans le domaine de la santé animale (vaccinations...) et le renforcement des infrastructures d’élevage (ouvrages hydrauliques, pistes à bétail...). Il faut poursuivre ces investissements qui ont permis une meilleure dispersion du cheptel pastoral et l’extension dans les régions agro-pastorales, l’accroissement du cheptel, des volumes produits et de leur qualité. Les conditions de vie des populations pastorales n’ont pas connu les mêmes progrès (éducation, santé, sécurité). Il est nécessaire d’y remédier. Des politiques de développement intégrées et multisectorielles doivent également être mises en place pour éviter ou atténuer les conséquences économiques et sociales des fluctuations climatiques sur le système pastoral en renforçant leurs capacités d’adaptation. C’est en premier ressort au niveau politique, administratif et juridique que peuvent être prises les décisions favorables à la fois à la production d’aliments d’origine animale, aux producteurs ruraux des zones marginales, au secteur pastoral et à l’environnement en général. Il est essentiel d’être à l’écoute des besoins et des revendications des éleveurs, d’arbitrer les conflits d’intérêts entre le pastoralisme et les autres domaines de production, de faire des investissements dans le domaine du pastoralisme. Les autorités à tous les niveaux ont la capacité de soutenir le pastoralisme et de contribuer au maintien et au développement durable de cette activité économique irremplaçable dans les régions à vocation pastorale et agro-pastorale menacées de désertification. |
| Mise à jour le Mardi, 13 Décembre 2011 12:23 |

Pastoralisme en zone sèche
