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Auteurs

Michel Raunet,
Chercheur au Département Systèmes de production et transformation du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad-Persyst)

Krishna Naudin,
Chercheur, Cirad-Persyst

Focus

Les grands principes agronomiques à la base des SCV. Les SCV sont de nouveaux systèmes de culture développés et diffusés en petite agriculture des pays du Sud par le Cirad depuis 1985. Ils font partie de la famille de l’agro-écologie. Ils visent à la fois la rentabilité et la durabilité de l’activité agricole ainsi que la protection de l’environnement grâce à la mise en œuvre de trois principes à l’échelle de la parcelle : 1. la suppression du travail du sol et la mise en place des cultures par semis direct, 2. une couverture végétale permanente (morte ou vivante) du sol : graminées, légumineuses et 3. des successions ou rotations culturales en association avec les plantes de couverture.

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 Le semis direct sur couverture végétale permanente (SCV)

Le semis direct sur couverture végétale permanente (SCV)
Une solution alternative aux systèmes de culture conventionnels dans les pays du Sud - Publié par l'AFD

Film d’animation pour enfants : Fatou et Yeya - Cultiver sans labourer

Film d’animation pour enfants :
Fatou et Yeya - Cultiver sans labourer

 
Lutte contre la désertification : l’apport d’une agriculture en semis direct sur couverture végétale permanente (SCV) Imprimer Envoyer

Nécessité de nouvelles pratiques agricoles dans les régions soumises à la désertification

Cinq à 7 millions d’hectares de terres arables disparaissent par an dans le monde du fait de la dégradation des sols. Les causes sont climatiques et anthropiques. Des spécificités caractérisent les zones soumises à la désertification :
  • Les sols sont fragiles, pauvres et peu productifs. Leur structure est défavorable du fait d’une extrême pauvreté en matière organique. Leur porosité est faible ou totalement colmatée à faible profondeur.
  • L’eau est une ressource rare et aléatoire. Elle est en grande partie perdue par ruissellement et n’assure plus une alimentation correcte des plantes cultivées, des pâturages et de la végétation naturelle.
  • Les agressions climatiques sont fréquentes : pluies violentes, de courte durée, irrégulières, fortes températures.
  • Les sols en voie de désertification possèdent une réserve hydrique en profondeur (<1 m) même en saison sèche. Elle est inexploitée par les racines des cultures (colmatage superficiel lié au travail du sol).
Ces caractéristiques, couplées à la surexploitation du milieu et des ressources par l’homme, entraînent la détérioration parfois irréversible des sols et des milieux. Les systèmes de production conventionnels n’arrivent plus à maintenir la fertilité et la capacité de production des sols dans les zones menacées par la désertification. Les SCV représentent une solution alternative aux systèmes de culture conventionnels dans les pays du Sud.

Des bénéfices agro-environnementaux à l’échelle de la parcelle…

Lutter contre les phénomènes de dégradation des sols et régénérer les sols dégradés sont deux objectifs essentiels des SCV :
  • Sur la structure du sol : La couverture végétale permanente est une protection efficace contre l’érosion. Elle améliore l’infiltration de l’eau dans le sol, ralentissant le ruissellement et stoppant les pertes en terre (érosion hydrique). Elle limite le dessèchement de la couche superficielle et protège les fines particules de sol contre le vent (érosion éolienne).
  • Sur les caractéristiques physico-chimiques du sol : Ils améliorent puis conservent à un niveau élevé le taux de matière organique dans le sol. Elle joue un rôle fondamental sur les caractéristiques physico-chimiques du sol (stabilité structurale, stockage des éléments minéraux...). Les éléments minéraux sont plus disponibles dans le sol.
  • Sur le stockage de l’eau dans le sol : L’infiltration de l’eau est meilleure, l’humidité est conservée (limitation de l’évaporation) et la qualité des eaux est améliorée. La capacité de stockage en eau du sol augmente grâce à l’enrichissement en matière organique.
  • Sur l’activité biologique du sol : Grâce aux plantes de couverture, de nombreux organismes vivants trouvent un habitat et des conditions idoines pour leur développement. Ils contribuent à l’amélioration de la porosité du sol, décomposent la matière organique fraîche et participent à la formation d’humus. Les plantes de couverture permettent aussi de lutter contre les mauvaises herbes.

… et des terroirs, bassins versants et paysages

Les impacts d’une pratique généralisée des SCV seraient les suivants :
  • La diminution, voire l’arrêt de l’érosion éolienne, devrait avoir un impact significatif en matière de lutte contre la désertification.
  • De façon indirecte, le comblement des retenues des barrages en aval est moins rapide et les dégâts sur les autres infrastructures collectives sont limités. Les travaux anti-érosifs (défense et restauration des sols, conservation des eaux et des sols), lourds et coûteux, ne sont plus nécessaires sur les terres cultivées en SCV.
  • Grâce à la diminution importante du ruissellement, les parties aval des paysages, dépressions, cuvettes, bas-fonds et parties inférieures des glacis, ne devraient plus être inondées. Les terroirs et zones habitées seront alors protégés des brutales arrivées d’eau.
  • L’augmentation de l’infiltration de l’eau à l’échelle des bassins versants devrait permettre la remontée (un à plusieurs mètres) des nappes phréatiques. Les puits des villages seraient moins profonds et moins susceptibles de s’assécher ; les bas-fonds seraient mieux alimentés en eau, de façon plus régulière améliorant les conditions de la riziculture, du maraîchage de contre-saison et de l’abreuvement des animaux ; les écoulements des cours d’eau seraient régularisés et étalés sur toute l’année.
  • L’augmentation du taux de matière organique dans le sol permet un accroissement de la fixation de Carbone (0,5 à 2 tonnes/ha/an pendant au moins 10 ans).

Une agriculture attractive et rentable pour les agriculteurs

  • Les SCV réduisent les coûts de production : diminution du temps de travail (désherbage et travail du sol), des coûts de main d’œuvre et d’équipement. Ils ne nécessitent pas d’équipement en masse en tracteurs ni d’utilisation massive d’intrants inabordables pour la plupart des paysans des régions touchées par la désertification.
  • Les rendements se stabilisent, voire augmentent, par rapport à l’agriculture conventionnelle au bout de 2 à 3 ans grâce à l’amélioration des propriétés du sol et de sa fertilité. Les revenus des agriculteurs augmentent en conséquence.
  • Les productions agricoles sont diversifiées, permettant une plus grande autonomie des paysans vis-à-vis des aléas naturels (climat, problèmes phytosanitaires) et du marché.
Il existe également des avantages non perçus directement par l’agriculteur mais qui le sont à d’autres échelles. Ils sont difficilement évaluables monétairement étant non marchands pour la plupart : réduction de l’érosion, remontée des nappes phréatiques, fixation de carbone…
 
Les coûts liés à la pratique des SCV concernent l’achat des intrants (semences, herbicides…), la formation et à la diffusion de ces techniques. Il existe également un coût social car les SCV représentent un changement majeur des techniques agricoles et de l’organisation et la gestion de l’exploitation agricole et du terroir. Les SCV sont des systèmes techniques et intellectuels relativement complexes, de l’ordre de nouveaux paradigmes agricoles qui demandent des périodes de mise au point adaptatives plus ou moins longues, un important système d’acteurs et de profonds changements de mentalité pouvant concerner de quelques années à une ou deux générations. Les SCV ne sont pas un simple paquet technique qu’il faut diffuser. C’est un ensemble de pratiques, méthodes, systèmes, etc. Le processus de changement peut se heurter à des barrières culturelles et sociales liées à l’agriculture conventionnelle: le labour, des champs « propres »… Il s’agit alors de changer tout un système de pensée qui concerne les agriculteurs, mais aussi les autres acteurs aussi bien associatifs, que politiques et institutionnels.
Téléchargement - Fiche thématique 

icon Raunet Michel et Naudin Krishna, 2007. L'apport des SCV


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Mise à jour le Lundi, 22 Décembre 2008 14:10